Carte scolaire : les 2 ans sacrifiés, par Michel Bourel

Publié le par prevert-saint-exupery

En 2000, 63,8% des enfants de 2 ans du département du Nord étaient scolarisés.
En 2010, seulement 41,3% d’entre eux ont pu être scolarisés soit une baisse de plus de 35% en 10 ans.
En 2011, ils auraient pu être 36 508* à entrer à l’école maternelle française, le fleuron de toutes les écoles maternelles a-t-on coutume de dire ; mais combien pourront l’être en réalité ?
En tout cas, ils seront loin des 42 % scolarisés à cette rentrée 2010.
A qui profitera ce crime ?
Tout d’abord à l’enseignement privé qui scolarisait en 2001 au niveau national 40 706 enfants et qui en a perdu 17 % sur une période de 8 ans tandis que l’enseignement public qui toujours en 2001 en scolarisait près de 213000 en a perdu lui plus de 40%.
Et qu’on ne nous parle donc pas de justice sociale puisque chacun d’entre nous sait qu’il n’y a pas d’écoles privées en Réseau Ambition Réussite.
 
Le département du Nord a toujours voulu privilégier la scolarité dès l’âge de 2 ans et en avait fait une de ses priorités (en 2000 le département du Nord scolarisait près de 30 % de plus d’enfants de 2 ans que la moyenne nationale). Cette forte scolarisation avait été « financée » sur les moyens propres à notre département ; d’autres avaient fait des choix différents.
Dans quelle mesure le département du Nord ne paie-t-il pas ce choix effectué il y a quelques années en étant proportionnellement plus touché que d’autres départements ?
 
Pourquoi scolariser dès l’âge de 2 ans ?
-Pour réduire les inégalités sociales,
-Pour préparer de manière efficace la scolarité obligatoire,
-Pour sociabiliser les enfants,
-Pour favoriser le langage,
-Pour leur donner des repères structurés,
-Pour leur donner des règles de vie,
-Pour favoriser leur développement tant psychique que physique,
-Pour leur faire découvrir un autre univers que celui que peut leur apporter leur famille…
 
On pourra bien nous répondre que la scolarisation à 2 ans ne bénéficie qu’aux enfants de milieux favorisés. Plutôt que de chercher à réunir les conditions d’une plus grande efficacité chez tous les 2 ans, on préfère la sacrifier. Dans la même logique, compte tenu des chiffres catastrophiques du chômage, pourquoi l’Etat ne récupère-t-il pas les dizaines de milliards donnés aux entreprises dans le cadre de la politique d’aide à l’emploi ?
 
Si l’on peut estimer qu’il faut stabiliser voire augmenter le pourcentage d’enfants de 2 ans scolarisés en RAR, encore faudrait-il réunir les conditions pour que ceux-ci viennent effectivement à l’école. L’augmentation de la présence des 2 ans en RAR ne doit pas se faire au détriment des enfants scolarisés en milieu ordinaire.
 
Une autre critique couramment entendue est que les enseignants de TPS sont sous-employés puisque les 2 ans font la sieste l’après-midi. Il faudrait être particulièrement naïf pour croire à ce mensonge éhonté. En effet, les enseignants de ces classes participent activement aux décloisonnements de tous ordres et favorisent ainsi les activités de remédiation au bénéfice des enfants en difficulté ainsi que les liaisons entre classes de niveau différent.
 
Enfin que deviendront les enfants de 2 ans qui ne seraient pas scolarisés dans l’enseignement public ? Que feront-ils durant cette année qui aurait du être une année scolaire ?
Aller chez une assistante maternelle, dans une garderie, aller dans un jardin d’enfants ou un jardin d’éveil municipal ? Tous ces modes de garde ne pourront en aucun cas remplacer l’enseignant de maternelle et coûteront nettement plus cher aux parents comme aux collectivités locales… Et plus rien à l’Etat.
Actuellement, le département du Nord, compte tenu de l’effort important consenti pour scolarisation des enfants de 2 ans, ne s’est pas doté d’autres structures d’accueil de manière suffisante. Et les familles, du moins celles qui le peuvent, n’auront d’autre « choix » que celui de l’école privée qui les accueillera d’autant plus volontiers qu’elle croule sous les moyens que le pouvoir public lui alloue, à elle.
 
 
Henri Pena-Ruiz, professeur de philosophie et spécialiste de la laïcité, réagissant à la demande faite par Nicolas Sarkozy à l’UMP d’organiser une Convention sur la laïcité, pense que « le débat ne doit pas être orienté vers la laïcité face à l’islam ; il y a d’autres problèmes pour la laïcité en France. Je vous en donne un autre qui est beaucoup plus grave en ce moment : c’est la situation de l’école publique laïque qui est dessaisie d’un certain nombre de fonds et de postes d’enseignants alors que l’école privée catholique ne cesse de recevoir des faveurs de la part du gouvernement de M Sarkozy ».
 
Sans commentaire.
 
Michel Bourel
 
 
 
*Nombre de naissances domiciliées dans le département du Nord pour l’année 2009

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